Trump et la Russie: l’ennemi de mes ennemis est mon ami?

Les zigzags politiques du président américain obligent à s’interroger sur sa stratégie: soit il n’en a strictement aucune et tout est commandé par l’instant et l’instinct, soit elle est particulièrement complexe. La première hypothèse est défendue par ses détracteurs et finalement n’apporte pas grand-chose. Tentons donc de comprendre cet étrange pas de danse que Trump joue tant avec des forces politiques aussi hostiles que fortes, que des alliés assez dubitatifs. Comprendre cet intérêt qu’il porte à la Russie, intérêt qui peut venir de la focalisation de ses ennemis.

Le dernier évènement ayant provoqué un nouveau pas de côté fut évidemment le sommet d’Helsinki: la rencontre entre les présidents américain et russe a relancé la vague d’hystérie, à laquelle le système idéologique globaliste nous habitue dès qu’il s’estime en danger potentiel (voir nos textes sur l’avant sommet et le sommet lui-même). Ce qui commence à être assez souvent et laisse entendre une certaine paranoïa de fin de règne. Quoi qu’il en soit, affaibli le canard bouge encore, et ce cher système idéologique bien vivant se met à mordre tout ce qui dépasse du rang. En l’occurrence, la Russie.
En plus du rapport Mueller qui doit tomber cet automne, de l’incrimination pour ingérence de militaires russes à trois jours de la rencontre des présidents, une jeune activiste politique, Maria Butina, qui n’a pas réussi à faire carrière en province russe, a été arrêtée et présentée comme le lien tant attendu entre le soft power russe et l’ingérence dans les élections, dont l’influence sur les résultats reste très putative.
La question de l’ingérence, mais surtout de l’influence sur les résultats des élections, est fondamentale pour les Etats-Unis, dans les deux camps. D’un côté, il est plus agréable de faire reporter le poids de son échec sur les épaules d’un “ennemi sur mesure”, que de se remettre en question, que de reconnaître qu’il est le résultat naturel des dérives du système dit démocratique dans lequel nous vivons et qui ne supporte plus aucune nuance, sans même parler de remise en cause de ses excès antidémocratiques et liberticides. Trump est le signe de la rupture entre une élite vaporeuse et une voix populaire ancrée dans la réalité quotidienne:
On rappelle notamment que l’électorat populaire serait en révolte contre la mondialisation sauvage, l’immigration massive et la décomposition des repères collectifs. C’est juste. Mais il faut ajouter une explication trop rarement mentionnée : l’exaspération du commun des mortels devant la tyrannie du politiquement correct.
Pour sa part, Trump ne peut de toute manière reconnaître l’influence d’une ingérence russe, car sa légitimité lui vient de son soutien populaire, non de son soutien extérieur. Ce combat est donc central pour la politique intérieure américaine.
Pour comprendre les déclarations en zigzag de Trump, il faut se souvenir que son but n’est pas défendre les intérêts russes, c’est à la Russie à le faire, son but est de lutter contre le système de la globalisation. La Russie peut être un allié, elle est en tout cas un instrument qu’il brandit et repose en fonction des besoins de son combat. A la Russie de décider dans quelle mesure cela recouvre ses propres intérêts stratégiques et de varier sa participation au jeu.
Ainsi, ses allers-retours sur la question de l’ingérence. Il tente de ménager la chèvre et le chou, se retournant vers l’un ou l’autre en fonction des embûches du chemin et elles sont plus que nombreuses.
Lors du sommet d’Helsinki, il dénie l’influence de la Russie sur les résultats électoraux – ce qu’il maintient toujours, c’est la ligne rouge de sa légitimité. Il dénie aussi rapidement l’ingérence en elle-même, mais déclare en même temps faire confiance à ses services. Tout en remettant en cause leurs conclusions.
A son retour, il est accusé de trahison, le risque politique est énorme, même si les élections de mi-terme s’annoncent très bonnes pour lui. Sa réaction est alors double. D’une part, il se lance dans des explications improbables sur une incompréhension de ses paroles et d’une double négation avalée:
Mais parallèlement, il continue sur sa voie et lance une invitation officielle pour Vladimir Poutine à Washington en automne:
Pourquoi Trump s’attache-t-il autant à la Russie? Parce qu’elle est redevenue un acteur international avec lequel il faut compter? Oui – aussi. Mais surtout parce que ses adversaires, à Trump, en ont fait un symbole et que le seul moyen de lutter contre un système idéologique est de lutter contre ses symboles. Pour les globalistes, qu’ils soient à Washington, à Londres, à Bruxelles, à Berlin ou à Paris, la Russie est le mal, car si elle accepte la globalisation économique, elle refuse toujours la globalisation politique qui la sous-tend.
En soutenant la position souverainiste de la Russie, devenue symbole du refus de cette globalisation politique, Trump fragilise le système globaliste dans sa totalité, ces deux facettes de la globalisation étant indissociables. Même si la Russie reste ancrée dans une politique pro-globaliste économique.
Ce sont finalement les ennemis de Trump qui font de la Russie l’un des principaux instruments que le président américain manie avec tant de fougue. Ironie du sort.

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