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Espagne: Rajoy et Puigdemont ont choisi l’épreuve de force, un affrontement criminel

Ce que nous avions prévu hélas se vérifie, le gouvernement de Marino Rajoy a choisi l’épreuve de force et l’exécutif catalan y voit l’occasion de renforcer son propre choix. Rajoy a pris samedi des mesures draconiennes pour empêcher la Catalogne de faire sécession, préparant la destitution de l’exécutif catalan de Carles Puigdemont, qui a dénoncé la « pire attaque » contre sa région depuis la dictature de Francisco Franco. Nul ne sait où la provocation de Rajoy mène et elle a toute chance de renforcer le camp indépendantiste en regroupant autour de lui ceux des catalans qui n’ont pas accepté au compromis monarchiste de 1978, héritage de Franco. Tout le monde sait à quel point le parti de Rajoy est l’héritier jamais désavoué de Franco.

La proclamation de la décision du du gouvernement de Mariano Rajoy a été suivie immédiatement d’une manifestation indépendantiste à Barcelone qui a rassemblé 450.000 personnes selon la police locale.Carles Puigdemont, qui a pris la tête du cortège, a réagi dans la soirée par une déclaration télévisée en catalan, espagnol et anglais, dans laquelle il a accusé le gouvernement espagnol de lancer « la pire attaque aux institutions et au peuple de Catalogne depuis les décrets du dictateur militaire Francisco Franco ». M. Puigdemont affirme avoir un mandat pour faire sécession, après avoir organisé un référendum d’autodétermination interdit par la justice, un processus déclenché en novembre 2015 avec pour objectif d’instaurer une république indépendante au plus tard en 2017.D’après les séparatistes, plus de deux millions de Catalans, soit 43% de l’électorat, ont voté à 90% oui à l’indépendance malgré des interventions parfois violentes de la police pour les en empêcher.

L’aile dure de la coalition pousse Carles Puigdemont à consommer la rupture mais celui-ci avait jusqu’ici temporisé devant l’impact économique de la crise, la menace des banques et des industriels de quitter la Catalogne et le manque d’appuis à l’étranger, singulièrement en Europe où la France et l’Allemagne avaient condamné la secéssion. Mais les mesures prises par Rajoy renforcent le camp le plus radical en faveur de l’indépendanceet redonnent un souffle à ses partisans catalans.

Puigdemont cherche une intégration à pas forcé dans l’Europe, il s’est adressé en anglais aux Européens, il a assuré que les « valeurs européennes » étaient « en danger ». Il a prévenu les Espagnols qu’ils pouvaient s’attendre « à d’autres abus ».

Auparavant M. Rajoy avait invoqué l’article 155 de la Constitution, demandant au Sénat de lui confier la faculté de dissoudre le parlement catalan, afin de « convoquer des élections dans un délai maximum de six mois ». On ne voit pas la nature d’une telle initiative qui a toute chance de déboucher sur les mêmes résultats voir pire que ceux qui ont portéPuigdemont au pouvoir, des résultats certainement aggravé par le coup de forces de Rajoy.

En effet, M. Rajoy annonce qu’il va démettre le gouvernement catalan de ses fonctions, qui seront exercées « par les ministères (nationaux) » pendant « cette situation exceptionnelle ». Madrid veut prendre toutes les manettes de l’administration de la région, depuis la police autonome jusqu’à la radio et la télévision publiques, et mettre le parlement régional sous tutelle.

Ce coup de force risque de soulever les foules en Catalogne, où la population est pourtant divisée sur la question de l’indépendance et Puigdemont désormais ne parle pas d’indépendance mais insiste sur l’abus et sur la parenté avec Franco et on a vu la manifestation . Le FC Barcelone a de son côté dit soutenir « les institutions démocratiques de Catalogne choisies par ses citoyens ». « Nous voulons exprimer notre soutien et notre solidarité à l’égard de tous les secteurs affectés », a déclaré le président du club Josep Maria Bartomeu devant ses supporters-actionnaires. Cette réaction peut être celle de toutes les administrations, y compris la police. On risque d’assister à un blocage institutionnel, des fonctionnaires refusant d’obéir au gouvernement de Madrid, le gouvernement de Rajoy le sait. Il provoque pour créer le chaos.

Les forces de droite ont choisi l’affrontement et elles senourrissent l’une de l’autre pour mener au chaos, elles bénéficient du soutien des socialistes et des centristes, seuls les communistes et Podemos dénoncent le coup de force et tablent sur la négociation, position qui pour juste qu’elle soit risque d’être balayée par la volonté d’en découdre de part et d’autre.

Les mesures demandées par le gouvernement espagnol devraient être approuvées d’ici le 27 octobre au Sénat, où le parti de M. Rajoy est majoritaire. Elles sont soutenues par le parti socialiste (PSOE), principale force d’opposition, et les centristes de Ciudadanos.

Avant la décision du gouvernement, le roi Felipe VI avait assuré vendredi que l’Etat saurait faire face à cette « tentative inacceptable de sécession (…) avec ses institutions démocratiques légitimes ». Son intervention avait provoqué la colère des Républicains, en particulier en catalogne tant elle avait jeté de l’huile sur le feu.

Seuls les communistes et Podemos s’opposent depuis le début à cet affrontement tou en dénonçant l’indépendantisme.

En catalogne comme le notait hier l’Humanité: «  Membre du groupe parlementaire catalan Cat Si que es Pot, qui rassemble les communistes, les écologistes, Podemos et les municipalistes, Joan ­Coscubiela renvoie les belligérants dos à dos : « Sans la DUI, qui n’existe pas, on ne peut justifier le 155. L’application du 155 ne légitime pas la DUI, qui n’est pas appuyée sur un réel mandat démocratique… » À l’échelle de l’Espagne, quand Pablo Iglesias, le leader de Podemos, appelle à « vaincre le projet des indépendantistes par la démocratie, mais pas par la force », Alberto Garzon, le coordinateur général d’Izquierda Unida, se tient sur une ligne proche, déplorant que « seuls les plus ultras gagnent aujourd’hui ». « Nous avons été placés dans une situation très compliquée par la faute de gouvernants irresponsables, précise-t-il. La meilleure manière de protéger l’unité de l’Espagne, c’est de séduire la Catalogne avec le projet d’un nouveau pays passant par un processus de Constituante. »

L’Europe, une fois de plus a témoigné de son incapacité à aider à la négociation et n’a pas pu empêcher que celui qu’elle avait de fait soutenu le gouvernement Rajoy choisisse l’épreuve de force.Dans la mesure où Puigdemont ne fait que pousser la logique européenne de dissolution des nations et d’inégalités entre régions et que lui Rajoy, le Parti socialiste sont d’accord sur la politique d’austérité imposée par l’UE, on voit mal comment la dite UE pourrait effectivement aider à une solution pacifique à la crise.Si le compromis de 1978 qui de fait a accordé l’amnistie au franquisme, laissé en place ses structures de pouvoir et ses élites, compromis entériné y compris par les dirigeants de la gauche, du parti socialiste au parti communiste de Santiago Carillo, a pu s’installer contre les choix républicains, c’est parce que l’intégration européenne a été son horizon et ce jusqu’à la crise de 2008 et ses conséquences très dures sur le peuple espagnol.  L’UE apparaît plutôt comme à l’origine de la crise que sa solution.

Aujourd’hui, Il n’y a pas d’autre choix possible que celui que font les communistes espagnols qu’ils soient dans Izquierda Unida ou dans le groupe catalan ou dans les Commissions ouvrières, et ils ont raison de prendre acte sur l’avenir. La situation actuelle en Espagne prouve à quel point l’Histoire, quand on la croit dépassée, revient sur le devant de la scène et comment ceux qui ont cru pouvoir pratiquer tous les opportunismes le payent dans la mémoire des peuples. On se dit qu’effectivement un parti doit changer de nom quand son histoire est liée à une décision aussi négative pour le peuple, ce qui n’est pas le cas si un parti n’est temporairement pas entendu, mais que comme le PCF il est inscrit dans la mémoire nationale comme celui qui n’a jamais trahi ni la classe ouvrière, ni les plus pauvres, ni son pays. Là ce serait de la folie que perdre cet acquis.

Danielle Bleitrach

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