Location USA USA

Pavel Dourov sous la pression du FBI

Dans une interview accordée au magazine américain The Baffler en juin 2017, Pavel Dourov raconte comment, depuis 2014, le FBI cherche à entrer en contact avec lui et ses collègues afin d’obtenir des informations sur les utilisateurs de Telegram, l’application de messagerie sécurisée dont il est le créateur. Récit.

La vie de celui que l’on surnomme le « Mark Zuckerberg russe » est décidément pleine de rebondissements. Tout commence en 2014, alors qu’il vient de quitter la Russie et le réseau social Vkontakte qu’il a créé. À l’en croire, le FBI tente alors d’entrer en contact avec lui de manière plutôt insistante. Parfois au débotté, alors que le jeune homme embarque dans un avion ou franchit la frontière américaine, parfois par mail. Au début, les questions portent principalement sur Vkontakte et les relations du réseau avec la justice russe. « Je n’étais pas à l’aise avec ces questions, se souvient Dourov, Je ne voulais pas devenir une taupe américaine, alors j’ai donné le minimum d’informations, uniquement celles déjà publiées dans les médias. »

Loin de calmer les ardeurs des agents, cette attitude attise leur curiosité. Prétextant vouloir aider Dourov, le FBI s’intéresse désormais à Telegram. Face à l’augmentation croissante de la popularité de l’application de messagerie cryptée, qui permet aussi de créer des chaînes de diffusion, les services de renseignements américains insistent.

La situation empire en mai 2016. Alors que Pavel Dourov séjourne à Mountain View, dans un appartement loué sur Airbnb, afin d’assister à la conférence annuelle Google I/O à San Francisco, il reçoit à 8h du matin la visite de deux agents du FBI, en possession d’une ordonnance du tribunal. « Comment ont-ils eu l’adresse ? M’ont-ils pisté grâce à ma carte SIM ? Depuis l’aéroport ? Via mon Uber ? Je ne sais pas », s’interroge Pavel Dourov dans son entretien avec The Baffler. Rapidement, les agents révèlent leurs intentions : établir un canal de communication afin que Dourov fournisse au FBI des informations sur les utilisateurs de Telegram. « Nous respectons votre exigence concernant la confidentialité et la cryptographie, aurait déclaré l’un des agents, mais le terrorisme est un problème sérieux et nous devons protéger la société. (…) Nous voulons créer un canal d’échange de données afin que vous puissiez nous aider en cas de menace terroriste. » Suspicieux, Pavel Dourov explique qu’il fera examiner l’ordonnance par ses avocats avant de fournir une réponse, persuadé que la démarche de l’agence fédérale n’est qu’une « ruse » pour l’ « intimider », Telegram n’ayant pas de représentation officielle aux USA.

« Ils savaient exactement quelles questions poser »

Le programmeur n’est pas au bout de ses surprises. Un peu plus tard, il apprend que des agents de la division cybernétique du FBI ont également tenté d’approcher un développeur de Telegram, présent dans le même logement Airbnb que lui durant ce séjour. Dourov affirme qu’ils auraient proposé à son collègue plusieurs dizaines de milliers de dollars en échange de certaines informations confidentielles. Celui-ci aurait refusé. « Nous payons très bien nos développeurs, justifie Pavel Dourov, Ils sont tous millionnaires. Naturellement, ils ne se laissent pas soudoyer par des offres de ce type. »

Aujourd’hui, Pavel Dourov tire la sonnette d’alarme. Autant les agents du FSB auxquels il a eu affaire en 2011 lors des grandes manifestations en Russie « ne l’ont pas impressionné » [ils désiraient obtenir des informations personnelles des manifestants inscrits sur Vkontakte, ndlr], autant ceux du FBI l’ont « choqué », concède le créateur de Telegram. « Ils étaient compétents. Ils parlaient plusieurs langues. Ils avaient fait leurs recherches et savaient exactement quelles questions poser. (…) C’est tout simplement effrayant ! », conclut-il.

source

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *