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Plus de 120 millions d’Européens au bord de la pauvreté

Signe d’une crise et d’une situation qui ne s’améliore guère, 123 millions d’Européens pourraient rapidement basculer dans la pauvreté, selon un rapport du groupement d’ONG, Oxfam. Parmi eux, onze millions de Français.

 123 millions: c’est selon le groupement d’ONG Oxfam, le nombre d’Européens «exposés au risque de pauvreté». C’est la conclusion d’un rapport publié par l’organisation qui estime le nombre de personnes qui, sans être statistiquement pauvres, ont un risque réel de basculer rapidement en-dessous de leur seuil national. Pour rappel, en France, le seuil de pauvreté défini par l’Insee correspond à 60% du revenu médian, soit 977 euros pour 2015. Plus de 8 millions de Français vivent en-dessous de ce seuil.

Et si l’Oxfam tire la sonnette d’alarme sur le nombre, c’est surtout la tendance à la hausse du nombre de personnes flirtant avec la ligne rouge qui inquiète le plus, le chiffre n’était en effet «que» de 116 millions en 2008. Entre 2009 et 2013, plusieurs pays majeurs de l’Union européenne (notamment l’Italie et le Royaume-Uni, mais aussi la Hongrie et bien sûr la Grèce) ont ainsi connu une croissance de 5% de ce chiffre. En France, on compte 11 millions de personnes sur le point de basculer dans la pauvreté, soit 9% du total européen. L’Hexagone n’a jamais réussi à réduire ce chiffre depuis dix ans, quel que soit son contexte de croissance.

Fiscalité peu redistributive

Mais le rapport ne se limite pas qu’au chiffrage de la population proche de la situation de pauvreté. Le groupement d’ONG souligne ce qui est, selon elle, la source de cette situation: l’accroissement des inégalités dans la détention des richesses. Ainsi, souligne le rapport, les 1% des plus riches européens possède environ un tiers de la richesse totale, alors que les 40% les plus modestes, ne détiennent que… 1%. Autrement dit, selon les chiffres de l’Oxfam, 7 millions d’Européens aisés sont aussi riches que 662 millions d’autres.

Le rapport souligne les causes de cette situation en citant notamment l’austérité, qui fait peser l’effort d’amélioration des comptes publics sur les plus modestes, et l’évasion fiscale qui diminue nécessairement le montant des redistributions possibles. Le groupe d’ONG dénonce aussi des choix politiques biaisés, le rapport n’hésitant pas à avancer que «les régimes fiscaux et les politiques des États sont conçus pour profiter à une minorité».

Pour l’Oxfam, en effet, ces chiffres démontrent des orientations fiscales peu performantes et un manque de pertinence des systèmes fiscaux dans de nombreux pays d’Europe, jugés peu redistributifs. Un reproche qui peu d’ailleurs être fait à la France, confirme au Figaro Philippe Crevel, économiste et secrétaire général du Cercle de l’Épargne: «La principale recette fiscale française, c’est la TVA qui n’est pas redistributive, certaines analystes prétendent qu’elle a même l’effet inverse, et dont le poids est bien supérieur à l’impôt sur le revenu. Côté cotisation, on peut citer la CSG qui, hormis les minima sociaux et certaines retraites, n’est pas non plus progressive». Mais la France a un atout pour parer à sa limite fiscale: sa politique de redistribution via des prestations sociales. «Elles représentent tout de même 3% du PIB, et peuvent changer la donne du côté des écarts de revenus. D’ailleurs la France à un rapport de richesses entre le décile le plus élevé et le décile le plus bas parmi les plus faible en Europe». De quoi tempérer les limites de la fiscalité, mais pas de réduire réellement les craintes d’un appauvrissement.

Plus de 120 millions d’Européens au bord de la pauvreté

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