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Conférence : Ukraine : Maïdan, Odessa – Deux ans après – [21 mars 2016]

Conférence: UKRAINE : MAIDAN, ODESSA – DEUX ANS APRÈS

Lieu : ONU, Palais des Nations, 14 avenue de la Paix, 1211 Genève 10. Salle XXIII

Date : Le 21 mars 2016 au Palais des Nations (Genève) de 16h à 18h.

Modérateur : M. Amir Forotan – Agence des droits de l’homme.

Conférencier : Xavier Moreau

Témoignages: Victoria Machulko, Elena Radzikhovskaiya

Inscription obligatoire : Pour les personnes non-accréditées ou pour plus d’informations contacter
Reservation-Ukraine@hotmail.com

 

Xavier Moreau, diplômé de la Sorbonne en histoire des relations internationales est un entrepreneur français qui réside en Russie depuis une quinzaine d’années. Auteur de La nouvelle grande Russie et de Ukraine pourquoi la France s’est trompée, M. Moreau présentera l’évolution politique du pays depuis la « révolution » de la place Maïdan, le changement de régime qui s’en est suivi, la tuerie d’Odessa, les acteurs et la fracture que ces drames ont provoqué dans la société ukrainienne. Il évoquera les causes profondes – internationales et nationales – qui ont plongé le pays dans une guerre civile fratricide, et les répercussions de cette crise sur l’avenir du pays et la vie des Ukrainiens dans leur ensemble.

Venues expressément d’Odessa Victoria Machulko et Elena Radzikhovskaiya partageront leur expérience de ce qui s’est réellement passé à Odessa le 2 mai 2014, lorsque deux personnes ont été tuées lors des affrontements entre manifestants, et 46 autres qui s’étaient réfugiées dans la Maison des syndicats ont trouvé la mort dans l’incendie du bâtiment provoqué par les assaillants. Leurs témoignages seront une occasion de faire le point sur les responsabilités directes des autorités de la ville dans cette violence sans précédent à Odessa, des enquêtes diligentées par les autorités, et de leurs résultats à ce jour.

Entretien avec Victoria Machulko

Question : Victoria, pouvez-vous vous présenter brièvement?

Victoria Machulko : Je suis née à Odessa. Je suis diplômée de l’École de Musique d’Odessa, en économie de l’Institut national d’Économie, et en psychologie de l’Université pédagogique d’Odessa. J’ai élevé 2 garçons. L’aîné est maintenant  second-capitaine, le cadet est ingénieur. J’ai été directrice de jardin d’enfants et plus tard j’ai travaillé comme directrice du département des relations économiques internationales dans l’administration régionale. Je suis maintenant à la retraite.

Question : Pourquoi avez-vous créé l’Association des Mères du 2 mai? Avez-vous perdu un membre de votre famille sur la place Kulikovo le 2 mai 2014 ?

Victoria Machulko : L’Association a été créée par les mères des victimes après le drame qui a eu lieu à Odessa le 2 mai 2014. Elle comprend les proches des victimes et de ceux qui ont été arrêtés, et seulement ceux qui sont originaires d’Odessa. Le 2 mai, mon fils a été arrêté dans le centre ville et emprisonné. Je l’ai cherché longtemps et j’ai pu être témoin de bien d’événements tragiques dans le centre ville et sur la place Kulikovo. Même encore maintenant, il m’est difficile de revoir comment les citoyens d’Odessa ont été tués.

Question : Quelles sont les demandes de l’Association des Mères ?

Victoria Machulko : Nous demandons que la lumière soit faite sur ce drame ; que les responsables soient punis ; que les véritables résultats des expertises et de l’enquête soient publiés.

Question: Pouvez-vous décrire le travail de l’Association des Mères depuis sa fondation à ce jour ?

Victoria Machulko : Aide aux familles endeuillées et aux familles des prisonniers ; collecte de nourriture et produits de première nécessité pour les personnes détenues ; rédaction de lettres et de requêtes concernant les différents aspects liés à la tenue d’une enquête juste et indépendante ; organisation d’un rassemblement mensuel pour nous recueillir et empêcher que ce drame sombre dans l’oubli ; rechercher et rendre publiques les causes véritables de ce qui s’est passé.

Question : Quelle a été la réaction des autorités face à vos actions ? Avez-vous été écoutées ? Avez-vous réussi à continuer vos activités librement ?

Victoria Machulko : Les militants pro-Maïdan, les membres du « secteur droit » et d’ « auto-défense » font tout ce qu’ils peuvent pour nous empêcher de tenir nos réunions commémoratives. Et à cet égard,     les autorités ne font rien pour arrêter ces interventions violentes et illégales. Au tribunal, où se retrouvent les familles des victimes et les citoyens qui suivent ces événements, les militants de ces groupuscules nous assaillent verbalement et même parfois physiquement sous les yeux de la police qui n’intervient pas, et aucun de ces actes n’a été puni. Nous continuons de recevoir des menaces. Nous avons écrit de nombreuses lettres pour nous plaindre de ces agissements aux différentes autorités et nous avons fourni des films vidéo et des photos pour illustrer ces violations, mais rien ne se passe. Contenu de tout cela, vous pouvez comprendre que nous poursuivons nos activités dans des conditions très difficiles et dans un climat d’insécurité.

Question : Nous savons que vous avez été plusieurs fois menacés par les groupes ultra-nationalistes afin de vous faire cesser vos activités. Pouvez-vous nous en parler ?

Victoria Machulko : Nous écrivons continuellement aux autorités pour nous plaindre, mais les responsables de ces actes illégaux ne sont jamais punis.

Question : Plusieurs enquêtes officielles ont été ouvertes sur les événements du 2 mai 2014. Ont-elles été convaincantes ?

Victoria Machulko : Aucune des différentes équipes qui ont été chargées de mener les enquêtes n’a établi la vérité sur les responsabilités de ces crimes ; même les résultats des expertises légales restent confidentiels ; il n’y a toujours pas d’information fiable quant au nombre des victimes.

Question : Quelqu’un a-t-il été traduit devant la justice pour meurtres et violences du 2 mai 2014 ?

Victoria Machulko : Aucun de ceux contre lesquels il existe des preuves qu’ils ont commis des meurtres ou ont participé à des crimes organisés n’a été traduit en justice. Ils sont toujours en liberté.

Question : Nous savons que 2000 policiers ont été mobilisés pour empêcher la violence du 2 mai. À peu près 100 d’entre eux se trouvaient dans le coin de Kulikovo. Pourquoi ne sont-ils pas intervenus ?

Victoria Machulko : Il y avait bien plus que 100 policiers sur la place Kolikovo. Ils se trouvaient tous 100m derrière le bâtiment. Lorsque les gens à l’intérieur du building ont commencé à brûler et ensuite à sauter par les fenêtres, et quand ceux qui avaient sauté ont commencé à être achevés au sol, beaucoup de personnes dont moi se sont dirigées vers les policiers pour les supplier d’intervenir et d’aider ces gens. Mais ils nous ont répondu qu’ils n’avaient pas reçu d’ordre. Un ordre était-il vraiment nécessaire pour sauver ces gens ? J’estime qu’ils (les policiers) sont autant coupables que ceux qui ont tué les Odessiens ce jour-là.

Question : La caserne des pompiers est toute proche. Pourquoi ne sont-ils pas intervenus immédiatement ?

Victoria Machulko : Le premier camion de pompiers est arrivé 45mn après alors que la caserne est à 3mn en voiture de la place Kulikovo. Nous avons atteint un record d’appels aux pompiers qui ont duré plus d’une demi-heure ! Je pense que ceux qui ont différé l’intervention des pompiers sont autant coupables de ce crime.

Question : Les manifestations entre novembre 2013 et février 2014 sur la place Maïdan de Kiev devaient apporter davantage de démocratie, plus de justice, de prospérité et de paix. Ces buts ont-ils étaient atteints ?

Victoria Machulko : Le 2 mai 2014 est devenu la pire journée de ma vie. Vraiment, tuer des gens qui pensent différemment et ont leurs propres opinions, est-ce la démocratie ? Jeter les gens dans la pauvreté, est-ce la démocratie ? Vous pouvez réécrire les livres d’histoire, transformer les faits au bénéfice des autorités. Cependant, si on compare le niveau de vie du pays avec la situation actuelle, ne serait-ce que 10 ans auparavant, on peut dire que Maïdan n’a pas apporté de changement positif dans le pays. Ce constat concerne en premier lieu la situation sociale et économique. Il est certain que ceux qui manifestaient sur la place Maïdan espéraient des changements pour obtenir une meilleure vie dans le pays, mais cela ne s’est pas produit.

Propos recueillis par Chantal Mercier-Peschoux, le 12 mars 2016

Conférence : Ukraine : Maïdan, Odessa – Deux ans après – [21 mars 2016]

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