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Dix députés défient Fabius en se rendant en Crimée

Les Echos | Le 22/07 à 16:05, mis à jour à 16:14
Un affront de plus. Après la visite des parlementaires français en Syrie , fermement condamnée par le gouvernement en février dernier, une délégation de dix députés – dont huit étiquetés Les Républicains – a décidé de se rendre en Russie et en Crimée, terre annexée par Moscou en mars 2014 après un référendum considéré comme illégal par la communauté internationale. Et ce, sans l’aval du quai d’Orsay. “J’y suis hostile et opposé”, a déclaré mercredi le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius qui s’est dit “choqué” d’une telle initiative, devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée, réunie à huis clos.
Ce déplacement comporte “un risque d’instrumentalisation” et constitue “une violation du droit international” puisque “entrer en Crimée sans l’autorisation des autorités ukrainiennes c’est de fait reconnaître les prétentions russes”, a-t-il ajouté, selon plusieurs membres de la commission interrogés par Reuters et l’AFP. Un avis partagé par la présidente de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée, Elisabeth Guigou (PS) : “”Ils sont très pro-russes, c’est leur droit. Mais on peut manifester son amitié avec la Russie sans se rendre sur un territoire annexé par une violation du droit international condamnée par les Nations Unies”.

“Ce voyage est préparé depuis le 26 juin”, a expliqué le député Les Républicains des Français de l’étranger Thierry Mariani au journal “Le Monde”. A ses côtés, huit membres de son parti dont Nicolas Dhuicq, Claude Goasguen, le député du Rhône Patrice Verchère, Sauveur Gandolfi-Scheit, Marie-Christine Dalloz, mais aussi Jacques Myard, qui avait, lui, conduit la délégation de députés souhaitant rencontrer Bachar-al-Assad à Damas en février 2014. Le député radical de Charente Jérôme Lambert est également du voyage.
L’objectif de ce voyage : “maintenir le dialogue avec nos amis russes”, précise Thierry Mariani au “Monde”. Les députés rencontreront ainsi à Moscou Sergueï Narychkine, le président de la Douma, ainsi que les autorités locales et les associations représentantes des minorités à Yalta et Sébastopol.
“Pas d’ambiguïté”, selon Mariani
Deux sénateurs devaient aussi se joindre à ce voyage, Yves Pozzo di Borgo (UDI) et Joëlle Garriaud-Maylam (LR), mais l’intervention du président du Sénat Gérard Larcher (LR), qui leur a déconseillé ce voyage, “a été efficace”, affirme Laurent Fabius. Le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone (PS) aurait également tenté, en vain, de dissuader les députés à l’origine de l’initiative. Il aurait précisé dans une lettre à Laurent Fabius que les députés ne pourraient ni utiliser les moyens de l’Assemblée ni s’exprimer en son nom.
Réfutant toute “provocation”, Thierry Mariani défend l’initiative parlementaire . « Il n’y a pas d’ambiguïté. On ne parle ni au nom du gouvernement ni au nom de l’Assemblée nationale », fait-il valoir. Le chef de file de la “Droite populaire” avait déjà été reçu en septembre 2014 avec 13 autres parlementaires français par le président de la Douma russe, dix jours après sa visite à Paris. Dans une réaction à l’AFP depuis l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, où il s’apprêtait à embarquer pour Moscou, Jacques Myard a ironisé “sur l’éloge appuyé que M. Fabius a rendu à l’indépendance des députés”.

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