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Persécution pour opinion politique différente : Olga Zagulska, enseignante de géographie, maître de conférences à l’Université nationale de Lviv

le couloir de la honte organisé par les étudiants pour leur professeur

(zagulska.livejournal.com). Voici quelques extraits de son post, traduits en français :

Les autorités ukrainiennes se dirigent vers le blocage de toute opinion alternative. Après l’interdiction des chaines russes, ils s’en sont pris à internet afin de trouver les personnes qui expriment des avis différents, surtout au sujet de la campagne militaire au Donbass.

Moi qui réprouve catégoriquement toute forme de violence, je m’exprimais depuis le début contre l’usage de la force sur mes pages Facebook (source) et Livejournal (source). Je considère que les habitants de Donbass ont le droit de décider eux-mêmes de la façon dont ils désirent vivre et de résister à ceux qui ne leur reconnaissent pas ce droit.

Je condamne le blocus économique routier, énergétique et financier de la région rebelle organisé par Kiev. Basé sur l’analyse des faits et de certaines déclarations, j’ai montré que le Président Porochenko contournait le cessez le feu et préparait une nouvelle offensive. Je rejette la théorie de l’agression russe au Donbass, parce qu’en tant que scientifique, je fais des conclusions uniquement en me basant sur les preuves (faits).

L’agression russe, premièrement, n’est pas démontrée par les nombreuses missions OSCE et n’a pas de base juridique. Deuxièmement, dans les accords de Minsk, soutenus à l’unanimité par le Conseil de Sécurité de l’ONU, les deux parties désignées du conflit sont l’armée ukrainienne et “les formations armées de certains secteurs des régions de Donetsk et Lougansk”, et non l’armée ukrainienne et l’armée russe. Tertio, la Russie a envoyé des milliers de tonnes d’aide humanitaire et prend en charge les soins des enfants malades et blessés, ce qui ne correspond pas à la définition de l’agression en tant que coup de force destructrice. Quarto, la puissance de l’armée russe aurait permis de prendre le contrôle de ce territoire en quelques jours, alors que le conflit dure déjà plus d’un an. Quinto, il est clair qu’en cas d’invasion russe au Donbass, les habitants n’auraient pas considéré cela comme une agression, mais l’auraient saluée.

Naturellement, avec une telle position, je me suis fait remarquer par ceux qui recherchent des voix discordantes et plus tard, on m’a rajoutée dans la liste du site Mirotvorets.

Ma position d’enseignante à l’Université de Lviv fait de moi un parfait exemple pour une flagellation publique afin d’intimider les autres opposants.

Une page contre ma personne a été crée sur Livejournal, cela a donné le départ de la campagne, dont l’idée principale est qu’un enseignant de l’Université ne peut pas être dans l’opposition, il doit suivre la position officielle, sinon il doit être licencié, voire arrêté et condamné. Les médias ont sorti plusieurs articles du genre “un maître de conférence de l’Université de Lviv soutient ouvertement les terroristes de RPD et RPL” alors que dans aucune interview je n’ai jamais dit que j’étais adepte du terrorisme. Au contraire, j’ai toujours donné des arguments selon lesquels les habitants du Donbass ne peuvent pas être considérés comme terroristes.

Mes collègues de travail, le doyen de la faculté, malgré nos opinions différentes, ont toujours parlé de moi en bons termes et ne voient pas de fondement pour mon licenciement. Les étudiants interrogés par les journalistes ont démenti les soupçons comme quoi je propage mes idées parmi eux.

Alors, les journalistes de Zahid.net se sont adressés au SBU afin que le service de sécurité vérifie mes posts sur internet en vue de l’ouverture d’une enquête pénale.

Le 19 février le même Zahid.net a publié la réponse du SBU dans lequel il a été constaté l’absence d’éléments délictueux dans mes publications, et que, de plus, l’article 34 de la constitution ukrainienne me donne le droit à la liberté d’expression et de publication de mes idées sous n’importe quelle forme.

Semble-t-il, la question de mon bannissement et de mon expulsion de l’Université ne devrait plus être d’actualité après une telle réponse.

Et pourtant la persécution a continué. Les journalistes de Zahid.net se sont adressés à certaines personnalités à Lviv, Miroslav Marinovitch, Yuri Vinnitchouk et Otar Dovzhenko qui ont dit que si on ne peut pas me licencier légalement, il faut initier un boycott par les étudiants.

Deux semaines depuis mon identification en tant qu’enseignante de l’Université de Lviv, avec l’encouragement de l’administration de la faculté, on a organisé les étudiants pour un “couloir de la honte”. Je devais joindre mon bureau en longeant les rangées d’étudiants qui scandaient “La honte!” à cause de ma position politique. On a demandé également aux étudiants de mes groupes de refuser par écrit d’assister à mes cours.

Harcèlement psychologique : Le “couloir de la honte ” organisé par les étudiants à leur professeur (communist.ru)

Finalement Olga Zagoulska a décidé ne pas venir à l’université ce jour-là, car son état de santé est très fragile. “Le couloir de la honte” a été soutenu par les médias ukrainiens. Ensuite, les journalistes russes ont contacté Olga, et elle a participé à l’émission “Envoyé spécial” à la chaîne Russie 1 : “Mon intervention à la télévision russe a provoqué une vague d’indignation à mon travail et dans la presse locale. Dans les meilleures traditions du totalitarisme, une réunion de faculté a délibéré sur ce sujet, et, sans même m’écouter, a adopté une résolution désapprouvante. Mes propos (à la télé russe) comme quoi à l’Université on cultive l’intolérance et la haine, ont suscité un mécontentement particulier. Mais, est-ce que appendre aux étudiants à crier ” la honte” à son professeur et leur conseiller de ne pas assister à ses cours, n’est-ce pas une culture de l’intolérance et de la haine?”

Aujourd’hui, après 38 ans de carrière en tant qu’enseignante, Olga Zagulska risque de perdre son travail. Elle s’est adressée au tribunal afin de valoir ses droits déclarés dans la Constitution ukrainienne : art 15 ( l’Etat garanti la liberté politique), art 21 (égalité de dignité et des droits des citoyens), art 28 (respect de la dignité), art 34 ( liberté d’expression), art 62 ( présomption d’innocence) : “La question n’est pas que l’atteinte à la liberté d’une personne physique, mais que cela se passe à l’Université, établissement qui fait des fondations relationnelles dans la société. Les étudiants, imprégnés des pratiques du dictât et de non respect de la loi et de l’individu, vont continuer ces pratiques quand ils deviendront dirigeants et fonctionnaires, ce qui empêchera l’Ukraine de se développer en tant qu’état démocratique.”

http://www.les-crises.fr/actuukraine-27-mai-2015/

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