Colombie : Le sud du Tolima, territoire de paix et de réconciliation

José Javier Capera Figueroa

 

Un territoire d’une grande richesse naturelle, culturelle et sociale, que ses paysages, ses saveurs, ses odeurs, surgissant d’entre les montagnes, nous permettent d’apprécier mais qui, paradoxalement, est plongé dans la pauvreté et la corruption, abandonné par l’État  et par les investisseurs. Voilà une des grandes contradictions que nous ont léguées les élites libérales et conservatrices, mais aujourd’hui, avec le temps, cette contradiction s’est aiguisée et la classe politique traditionnelle en porte la responsabilité.

En effet, les luttes politiques du XIXème et du XXème siècle[1] ont joué un rôle essentiel dans la montée des premières vagues de violence de la région. Luttes âpres pour le pouvoir,  concentration des richesses,  magouilles politiques  et  un credo trop partagé: “ l’ ennemi de mon ennemi est mon ami  “,  tout cela doit vraiment être pris en compte si l’on veut  poser la question complexe de la paix sans faire l’impasse sur  notre passé violent. Car  le  passé est toujours  actuel dans  la région Sud, un passé  peu enviable puisque la  région passe pour être le berceau de la violence ou encore, la patrie des guérilleros, une réalité qu’on ne saurait nier. Ce qu’il faut par contre mettre en avant,  c’est la volonté de construire la paix depuis l’intérieur qui caractérise le  moment que nous sommes en train de vivre.

C’est quelque chose  que l’on peut entendre dans les centaines de voix qui s’élèvent : paysans de minorités ethniques (Indiens, Afrodescendants), leaders de mouvements sociaux ou  femmes  qui  vivent  dans leur cellules familiales les retombées  tardives d’un processus de paix en cours.

Pour commencer, il faut  bien voir que des régions comme Ataco, Chaparral, Coyaima, Natagaima, Ortega, Planadas, Rioblanco, Roncesvalles jusqu’à San Antonio,  souffrent, et à tous les niveaux,  des conséquences du conflit armé,  D’autre part, si l’histoire,  en particulier la logique bipartidaire de l’époque, pèse sur la région et explique en partie l’ l’éclatement actuel des communautés,  elle nourrit aussi  l’espoir  de construire  ce  territoire de paix et d’harmonie que la terre de Macondo mérite vraiment de devenir.

Cependant, les habitants de ces villages ont fait un pari,  qu’il est essentiel pour eux de    porter ensemble : ils veulent s’inscrire dans un au-delà du conflit et lutter contre la stigmatisation politique et les représentations négatives du Tolima communes à  la plupart des élites colombiennes.  Une volonté qui apparaît clairement  chez certains leaders de mouvements sociaux : “ Nous voulons la paix et la justice sociale”, nous ne reculerons pas d’un centimètre au nom de la paix “,nous sommes heureux d’aller vers la paix mais pour cela, il nous faut plus de conscience”,  des témoignages parmi d’autres de ce que l’on peut entendre au quotidien dans les campagnes.

Enfin, les moments extrêmement incertains que nous sommes en train de vivre en Colombie nous invitent à imaginer des alternatives à partir  du point de vue des régions ou des villages  qui ont souffert le plus durement du conflit armé.

Ce serait un apport stratégique pour développer  une réflexion sur les besoins des territoires  et ne pas rester empêtrés dans les erreurs actuelles.  Prenons un exemple : le  Programme de Développement  Territorial  dresse la liste des communes qui vont recevoir des aides, au niveau social, économique, sous la forme de soutien à des projets  ponctuels  comme d’aide au développement rural, communautaire  et organisationnel. Mais dans le Tolima,  seuls  Ataco, Chaparral, Planadas et Ríoblanco figurent sur la liste, soit un peu moins de la moitié  des zones qui ont été victimes du conflit où y ont participé.

Un exemple de plus des contradictions qui sont les nôtres quand il s’agit de construire la paix à partir des régions

 PS : La “nouvelle histoire” de l’Université du Tolima[2] est de plus en plus paradoxale. Que peut-on attendre d’un groupe d’évaluateurs/consultants qui ne savent pas où mener l’Alma Mater, quand le vrai  problème, c’est l’argent ? Mais ça,  c’est encore  en chantier. L’université ne peut pas s’étendre à d’autres zones : comment pourrait-elle créer des succursales dans d’autres parties du pays alors qu’elle n’a même pas su maintenir son propre projet interne[3]?

NdlT

[1] En Colombie comme dans les autres pays d’Amérique latine, les affrontements entre libéraux et conservateurs ont été très violents  La Guerre des Mille jours, à la charnière du XIXème et du XXème siècle, et  la période  de la Violence, au XXème siècle,  ont été particulièrement meurtrières.

[2] Slogan qui apparaît sur le logo de l’Université (reprenant celui qui avait été utilisé pour une foire du café en 2016…).  L’université du Tolima  traverse une crise financière qui a entraîné  une demande d’audit à l’Université du Valle,  destinée à permettre une réorganisation de l’entité.  Voilà  la Nouvelle histoire, pas si nouvelle en fait, car derrière tout cela, il y a la reprise en main autoritaire des instances universitaires et  une politique clientéliste.

[3] Par exemple,  le programme d’enseignement par correspondance risque de disparaître, malgré son importance.

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