Bulgarie : le candidat socialiste Roumen Radev remporte l’élection présidentielle

La presse française insiste sur le caractère pro-russe, mais passe volontiers sous silence le fait qu’il s’agit d’un candidat soutenu par le parti communiste. Il semble que les élections en Moldavie aient également donné une large majorité au candidat socialiste lui aussi baptisé pro-russe. Cet article du Point est un des plus correct sur le sujet (note de Danielle Bleitrach)
 Le candidat de l’opposition, proche de Moscou, est donné gagnant, selon les sondages, face à sa rivale soutenue par le Premier ministre conservateur.

Roumen Radev, 53 ans, facilement élu président de la Bulgarie dimanche, s’est imposé malgré son inexpérience politique mais en plaidant pour un rapprochement avec la Russie, après une carrière au sommet des forces armées. Jusqu’à cet été, le futur président Radev était encore le général Radev, commandant de l’armée de l’air, quasi inconnu du grand public. Il était crédité dimanche d’une large victoire avec près de 60 % des suffrages, selon les décomptes effectués par deux instituts de sondage sur la quasi-totalité des voix, contre un peu plus de 35 % à son adversaire soutenu par le Premier ministre conservateur Boïko Borissov.

Le général Radev a débarqué en politique à l’occasion de la campagne présidentielle où les socialistes (PSB, ex-communiste) ont créé un comité pour lancer sa candidature, présentée comme indépendante, afin de battre la majorité. Grand, impassible, le crâne dégarni, il a créé la surprise en devançant sa rivale Tsetska Tsacheva dès le premier tour, après avoir notamment convaincu les Bulgares qu’il défendrait une « position active » et « pas docile » du pays au sein de l’Union européenne et de l’Otan. La Bulgarie étant une république parlementaire, c’est le gouvernement qui définit la politique étrangère, mais le président a des fonctions représentatives à l’international. Roumen Radev a clairement pris position en faveur d’une levée des sanctions européennes contre la Russie.

Démission du Premier ministre

À très court terme, sa première mission devrait être de mener le pays à des législatives anticipées quasi inévitables après la démission du Premier ministre conservateur Boïko Borissov. Le général Radev s’est vu affublé par le parti de Boïko Borissov (Gerb – « Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie ») du sobriquet de « général rouge », dont l’élection ouvrirait la voie à un retour au pouvoir du Parti socialiste aux sympathies pro-russes. La moitié des Bulgares croient qu’il sera un président « autonome », selon un sondage de l’institut Alpha Research. « Je ne le classerais pas comme pro ou anti-russe. Il a dit très clairement qu’il défendrait la Bulgarie avant tout, faisons-lui confiance », a confié dimanche à l’Agence France-Presse Svetla Boneva, 58 ans, une électrice de Sofia.

Un ex-ambassadeur bulgare à Moscou, Ilian Vassilev, connu pour ses critiques envers le Kremlin, affirme que le PSB a coordonné avec la Russie la candidature de Roumen Radev. « L’appartenance de la Bulgarie à l’UE et à l’Otan n’a pas d’alternative, ça ne signifie pas que nous devons nous déclarer ennemis de la Russie », a notamment affirmé le général Radev, qui dit encore que « la Crimée est ukrainienne en droit, mais de facto russe ». Pour faire taire les critiques sur ses supposées sympathies pro-russes, il rappelle sa formation au Maxwell College des forces aériennes des États-Unis et sa participation, en tant que commandant des forces aériennes, à la planification d’exercices de l’Otan. « Je ne suis ni pro-russe, ni pro-américain, mais pro-bulgare », déclare cet ancien pilote de MiG, le chasseur soviétique.

En février dernier, il s’était opposé au Parlement bulgare qui avait autorisé la participation d’avions de l’Otan à la protection de l’espace aérien national, faute d’équipements suffisamment modernes. Une « humiliation » pour le pays, selon le général Radev. Sur la question migratoire, qui fut au centre de la campagne présidentielle, le général Radev plaide pour le maintien d’une ligne intransigeante à l’égard des migrants. « Nous sommes obligés d’aider les réfugiés, mais les migrants d’Afghanistan et du Pakistan doivent être renvoyés. Sauf si nous voulons suivre l’exemple de la France, de la Belgique et de l’Allemagne pour avoir leurs problèmes d’intégration », a-t-il déclaré.

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