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JDD : Loi Travail : on a remonté le cortège parisien

un reportage honnête, ça arrive quelquefois…

REPORTAGE – Mardi s’est tenue à Paris une grande manifestation nationale contre la loi Travail. Si des violences ont émaillé le rendez-vous en tête de cortège, le JDD a décidé d’aller un peu plus loin pour rencontrer des opposants à la loi El Khomri venus en nombre de province.

Plusieurs dizaines de milliers d’opposants à la loi Travail, actuellement en débat au Sénat, ont manifesté depuis la place d’Italie en direction des Invalides mardi. Ils étaient un million selon les syndicats ; entre 75.000 et 80.000 selon la préfecture de police. Et si la tension était palpable dès le début du cortège où des incidents se sont rapidement produits, les opposants au texte étaient nombreux dans les rues de Paris. Selon le CGT, plus de 600 cars avaient afflué vers la capitale. Le JDD a remonté le cortège en sens inverse. Plus de deux heures après le départ de la manifestation, vers 16h30, la moitié de la place d’Italie était toujours pleine et certains n’avaient pas commencé à avancer. Rencontre avec plusieurs manifestants.

« Avec la loi El Khomri, on sera précaires toute notre vie »

A 13 heures sur le boulevard de Port Royal, la « commission action travail social » de Nuit Debout a pris place en tête de cortège et donne de la voix. A leurs côtés, les postiers des Hauts-de-Seine, en grève reconductible depuis le 10 mai. « Ce matin, la Plateforme industrielle courrier de Villeneuve-la-Garenne a été bloquée. Pas une seule lettre n’a été distribuée dans le 92 », assurent Mohamed et Brahim, respectivement âgés de 36 et 28 ans. « Ce sont les secteurs en lutte qui ouvrent la manifestation, ceux qui perdent de l’argent tous les jours. C’est plus légitime que les cortèges syndicaux classiques », estiment-ils, avant de reprendre en choeur les chansons criées dans le mégaphone voisin.

« On veut le retrait, il n’y a pas de discussion à avoir. Entre la peste et le choléra, on ne choisit pas », renchérissent les deux hommes. « C’est un paquet de saloperies. » A la loi Travail s’ajoutent des revendications internes – comme chez la plupart des manifestants rencontrés mardi.

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« Ce n’est pas possible, on ne peut pas accepter ça »

«Pour moi, ce n’est pas un gouvernement de gauche. Sinon je ne serais pas là»

Quelques dizaines de mètres après, après avoir laissé les violences entre forces de l’ordre et casseurs derrière nous (et le gaz lacrymogène), on rencontre Eliane et Christine. Avec 300 CGtistes des Alpes-Maritimes, elles sont arrivées à Paris mardi matin par le train et repartent vers 17 heures. C’est la première fois qu’elles montent dans la capitale pour manifester contre cette loi. « Ça fait longtemps qu’on manifestait en bas, là on s’est dit on monte », expliquent-elles. C’est aussi la première fois qu’elles défilent contre un gouvernement de gauche. « Pour moi, ce n’est pas un gouvernement de gauche. Sinon je ne serais pas là », estime Eliane, une Niçoise de 65 ans, qui demande le retrait du texte législatif. « Ce n’est pas possible, on ne peut pas accepter ça. »

Tout au long du cortège, certains manifestants tentent de discuter avec les policiers postés à chaque carrefour. Dans une ambiance plus ou moins tendue. « Les bleus avec les manifestants pour une fois », lance un jeune homme en passant à côté de forces de l’ordre bloquant une rue perpendiculaire. « La police est là pour protéger les plus riches pas les pauvres », dira une autre. Les critiques à l’encontre du gouvernement et du Parti socialiste sont légion : « Et le PS c’est dégueulasse », entonnent les uns ; « Tout ça c’est de la faute du PS », disent les autres ; « Ne votez plus jamais Hollande », renchérissent certains. Pour la majorité des manifestants, cela ne fait plus de doutes.

« Ça doit être mon dixième jour de grève cette année »

Charles, lui, est venu de Carcassonne et défile avec FO de l’Aude. La dernière fois qu’il est venu à Paris battre le pavé c’était en 2005 contre le traité anticonstitutionnel. « Aujourd’hui c’est une date extrêmement importante, on veut faire céder le gouvernement », explique cet instituteur de 59 ans qui a pris le train mardi matin avec 68 autres camarades. « Ça doit être mon dixième jour de grève cette année. Ce sont les acquis de toutes les luttes de nos aïeux. Je ne le fais pas pour moi, mais pour mes enfants, mes petits-enfants », confie-il. Dans le cortège, les drapeaux de la CGT, de FO sont nombreux. Des Hautes-Pyrénées, de Savoie, du Vauclaise, de Moselle, du Loir-et-Cher…

Côté politique, des drapeaux du PC, du NPA et de FO flottent. Un ballon Front de gauche prend de la hauteur. Une délégation d’Europe Ecologie – Les Verts est également présente. Des tracts et des autocollants La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon sont distribués. Dans la manifestation, on aperçoit Eric Coquerel (Parti de gauche) et Clémentine Autain (Ensemble).

Des forestiers et leur tronçonneuse

Toujours plus loin, les dockers sont applaudis à leur passage, et des manifestants font vrombir des tronçonneuses devant une bannière des « ouvriers forestiers de droit privé de l’ONF » [Office national des forêts, NDLR].

« Le retrait de la loi Travail n’est ni négociable, ni amendable »

«S’il faut se rasseoir à la table des négociations, ce sera après que le gouvernement ait accepté d’entendre la rue et les citoyens»

« On n’a jamais été aussi nombreux » de la Bibliothèque nationale de France, assure Caroline, 45 ans, qui est bibliothécaire au département des Estampes. « C’est une journée importante, une étape dans les négociations de la loi Travail au Parlement », estime-t-elle. Parisienne, ce n’est pas sa première manifestation. A la loi Travail, s’ajoutent là encore des négocations internes sur « la chute de l’embauche » et des « conditions de travail qui se durcissent ». Pour Astrid, sage-femme, et ses collègues aussi, les revendications sectorielles – notamment face à la réforme de l’APHP voulue par Martin Hirsch – « vont de pair avec le climat social qui s’est dégradé dans le pays ». « Le retrait de la loi Travail n’est ni négociable, ni amendable », dit la jeune femme de 32 ans de l’Usap GCT. « S’il faut se rasseoir à la table des négociations, ce sera après que le gouvernement ait accepté d’entendre la rue et les citoyens », renchérit-elle, voyant cette journée de mobilisation comme un « avertissement supplémentaire ».

Avec ses collègues Magdelone, Pascale et Isabelle, elle n’a pas encore avancé. Il est 16h30 place d’Italie, et beaucoup de manifestants n’ont toujours pas quitté la place. A côtés d’elles, des dizaines de taxi bouclent le cortège. Et à quelques mètres de là, un peu en amont, les gens chantaient : « Aujourd’hui dans la rue, demain on continue. »

Anne-Charlotte Dusseaulx – leJDD.fr

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