Location France France

La vie en Crimée sous le blocus, par refugié en Crimée

Dans la nuit du 21 au 22 novembre les fascistes ukrainiens et les émigrés politiques tatars ont commencé le blocus énergétique de la Crimée. Ils ont fait sauter simultanément les supports de quatre lignes à haute tension, par lesquels l’électricité de l’Ukraine entrait en Crimée.

Vu de loin, le blocus énergétique de la Crimée semble être une initiative personnelle de bandes nationalistes incontrôlables, mais elle s’inscrit très bien dans la ligne politique du gouvernement de Kiev. C’est pourquoi il est difficile d’imaginer que le blocus énergétique ait commencé à l’insu du gouvernement central.

Dès le printemps de 2014, le gouvernement de l’Ukraine a bloqué les livraisons de l’eau du Dniepr par le canal de Crimée nord. Les autorités russes ont rapidement rétabli l’approvisionnement de la population en eau à partir des ressources locales. Dans la plupart des régions de la Crimée le manque d’eau potable ne se fait plus sentir, mais l’agriculture des régions du nord de la péninsule a subi de lourdes pertes. Néanmoins la Crimée n’a pas souffert de problèmes de ravitaillement alimentaire.

En décembre de l’année passée, l’Ukraine a cessé unilatéralement le trafic ferroviaire avec la Crimée. Le blocus du transport n’a pas provoqué de conséquences catastrophiques, si l’on excepte les pertes pour les chemins de fer de Crimée. La gare ferroviaire de Simféropol qui autrefois était remplie de gens et bourdonnait comme une ruche, est maintenant vide. Les rares voyageurs se hâtent vers leurs trains qui circulent dans les limites de la péninsule, mais ils n’apportent pas d’animation –la gare semble désaffectée. Il suffit cependant de s’éloigner de cinq minutes de la gare, et on constate que la ville vit sa vie ordinaire. À la gare routière voisine s’alignent toujours de longues files d’attente aux caisses, les estivants partent au bord de la mer. Le blocus du transport a réduit le flux des touristes venant du territoire de l’Ukraine, par contre il a augmenté le flux des touristes russes. Globalement la Crimée a passé avec succès sa saison touristique.

Quand il s’est avéré que le blocus de transport n’avait pas donné le résultat escompté, les bandes nationalistes ont décidé d’organiser le blocus de l’approvisionnement. Dès le mois de septembre ont cessé de parvenir sur le territoire de la Crimée les produits alimentaires ukrainiens. Mais à ce moment-là sur le marché de la Crimée il y avait déjà des denrées alimentaires russes. Elles avaient eu le temps d’évincer en partie les produits ukrainiens, mais la part de l’Ukraine restait encore considérable. Le blocus a amené au remplacement des marchandises ukrainiennes par les russes. La Crimée n’a connu aucun problème d’approvisionnement. Les prix des marchandises russes et ukrainiennes dans le commerce de détail ne se distinguent presque pas. Personnellement, j’ai remarqué très peu d’incidences du blocus– premièrement, le prix des petits pains au pavot, dans lesquels il y a d’ailleurs moins de pavot, a augmenté et deuxièmement, l’éventail des légumes a été réduit. En particulier on trouvait moins d’aubergines. Mais le pavot et les aubergines ne sont pas la base de l’alimentation.

L’insuccès du blocus d’approvisionnement a poussé les nationalistes et les fascistes vers un nouveau mode d’action. Ils ont coupé les lignes des transmissions électriques. Le moment était choisi avec succès et en connaissance de cause. Premièrement, la Crimée produit moins de la moitié de l’électricité qu’elle consomme. Et pour être exact, pas plus de 40 %. En plus à cette époque une des turbines de la centrale thermique de Simféropol se trouvait en réparation. Deuxièmement, on doit faire passer de Russie une ligne de transmission électrique par le détroit de Kertch, mais sa mise en service n’était prévue que pour fin décembre. Troisièmement, en novembre et décembre la consommation d’électricité augmente – les jours sont plus courts, et l’air est plus froid. Bref, l’effet du blocus énergétique est justement à ce moment au maximum. Officiellement Kiev fait semblant d’être complètement étranger à l’événement : comme si le blocus était le résultat d’une initiative privée qu’il est incapable de maîtriser. Mais il n’est que la suite logique de toute la politique précédente.

Le blocus énergétique s’est trouvé le plus sensible de tous les blocus que nous avons vécus. Il a concerné chaque habitant. La Crimée a été plongée dans l’obscurité. Dans la péninsule a été décrétée l’état d’urgence. Les autorités affolées ont commencé à faire les graphiques des coupures d’électricité. A Sébastopol elles les ont appelées honnêtement « graphiques de la FOURNITURE de l’électricité ». Elles ont promis aux habitants de fournir l’électricité 6 heures par jour. Le gouvernement de la Crimée a dû limoger le ministre du Combustible et de l’Énergie, seulement après cela là le réalisme l’a emporté, et l’on a suivi l’exemple de Sébastopol. Tandis qu’aux premiers jours du blocus le ministère assurait aux Criméens que l’électricité ne serait coupée qu’une heure par jour. Bien sûr, il n’y a jamais eu d’arrêts de si courte durée. Dans les premiers jours on n’avait que 7 heures d’électricité. Mais ça c’était à Simféropol. Dans certaines régions de la péninsule la situation était catastrophique. Particulièrement à Kertch et Chtchiolkino – les premiers jours il n’y avait plus du tout d’électricité.

Les pouvoirs publics ont commencé à économiser sur tout, partout où ils pouvaient. Les trolleybus et les tramways ont cessé de circuler, presque tous les feux tricolores ont été éteints. On a coupé l’éclairage des rues – la lumière des lampadaires était remplacée par les phares des voitures passant dans la rue. Dans les immeubles on a arrêté le fonctionnement des ascenseurs. Dans toute la péninsule ont été coupés le chauffage central et l’eau chaude. Le lundi 23 novembre a été décrété jour férié. Les écoliers ont été mis en vacances. Dès le 1 décembre le gouvernement de la Crimée a recommandé aux entreprises d’octroyer à tous les travailleurs des congés payés. Pour réduire la dépense d’énergie électrique, on a mis à l’arrêt les grandes usines. Pour toute la durée du blocus énergétique ont été interrompus tous les travaux de voirie et de réparation. Il y a quelques jours, les restaurants, cafés et lieux de divertissement ont reçu l’ordre de fermer après huit heures du soir.

En même temps ont commencé à être expédiés de Russie des générateurs électriques à moteur Diesel. La turbine de la centrale thermique de Simféropol a été réparée en urgence. Toutes les stations électriques locales travaillent au maximum. Toutes ces mesures ont permis d’améliorer la situation. Dès le 30 novembre dans la capitale de la Crimée l’électricité était fournie déjà 8-9 heures par jour. Les autorités ont informé qu’il ne restait aucune localité privée d’électricité. Selon les informations officielles, maintenant la Crimée, au prix d’un effort maximum, produit près de la moitié de l’énergie électrique nécessaire.

Les problèmes liés au blocus énergétique ne concernent pas que l’électricité. Plusieurs régions de la péninsule sont restées sans eau. Dans certaines régions arides, l’eau est amenée par des pompes. Bien sûr, ces pompes se sont arrêtées. L’absence de chauffage suscite une grande inquiétude. Quand l’électricité a disparu, en Crimée il faisait très doux : +15 degrés.

Mais en décembre ici il peut faire froid. Le froid et la neige à cette époque de l’année sont possibles sur la plus grande partie de la péninsule, excepté la côte sud subtropicale. Néanmoins, un tel décembre froid n’arrive pas chaque année, et il y a un espoir que l’on réussira à vivre d’une façon ou d’une autre jusqu’à la reprise du chauffage. De plus, à mesure que le temps se refroidit, le chauffage revient dans les maisons. L’espoir se renforce grâce aux nouvelles de la péninsule de Taman : les autorités russes ont accéléré la construction de la ligne de la transmission énergétique et promettent qu’elles la lanceront soit le 5, soit le 8 décembre. Si cela arrive, le blocus s’achèvera. Il y aura encore des coupures, mais elles seront de courte durée.

Les Criméens en général acceptent les difficultés de la situation. Aucune action de protestation n’a eu lieu. Les gens supportent, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire. Les hôpitaux et les polycliniques reçoivent l’électricité 24 heures sur 24. Mais les maisons et les appartements sont dans le noir : toutes les bougies, les lanternes et les piles qui se trouvaient disponibles à la vente, ont été achetées dans les premiers jours. Trouver une bougie est un rêve inaccessible maintenant, c’est pourquoi dans les appartements le soir on ne voit presque pas de feux. A cause de l’absence de l’électricité chez les gens s’abîment les stocks dans les réfrigérateurs. Pour la même raison apparaissent les difficultés dans le commerce. Il y a de temps en temps des arrêts de livraison du pain. Cependant, le pain ne manque pas, c’est juste que les variétés de pain sont moins nombreuses. La téléphonie mobile a commencé à fonctionner beaucoup plus mal.

Le prix de l’essence aurait dû rudement grimper à cause de l’utilisation massive des générateurs Diesel. Cependant le gouvernement s’est mis d’accord avec les vendeurs d’essence, et les prix sont maintenus à un niveau stable. De son côté la Russie envoie d’urgence en Crimée des stocks supplémentaires de combustible. Et s’il y a une chose pour laquelle il n’y a pas de problèmes en Crimée, c’est le gaz. Peu de gens le savent, mais la Crimée fournit une grande partie du gaz naturel qu’elle consomme. C’est pourquoi le gaz dans la conjoncture actuelle rend de grands services : de la chaleur et au moins quelque lumière.

En bref, la Crimée survivra au blocus, s’il n’y a pas de refroidissement soudain. Et quand le raccordement électrique avec la Russie sera mis en place, on pourra tout simplement oublier ces salauds qui ont détruit les lignes de transmission. Mais quelque chose me souffle qu’ils ne resteront pas sans occupation. Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir encore inventer ?

01/12/2015

La vie en Crimée sous le blocus, par notre ami odessite Youri Chakhine, refugié en Crimée

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *